Immigrer: les impacts affectifs

October 30, 2014

 

J’ai beaucoup de respect pour les gens qui font le choix d’immigrer. Décider de tout quitter, n’est pas une décision qui se prend à la légère. Même quitter un pays comme la France pour le Québec suppose un changement important.

Mais quand on vient d’un continent éloigné avec lequel notre nouveau pays n’a rien de commun, le courage et la force nécessaires à cette aventure tiennent de l’Odyssée. Parfois on fait le choix d’immigrer par amour, mais souvent on y est contraint par la situation géopolitique, par la guerre, la famine, la culture ambiante, que sais-je ? Une chose est certaine : c’est un arrachement ; un déracinement qui ne se fait pas sans heurts. La transplantation non plus d’ailleurs ! C’est de cet aspect que je veux parler ici.

 

En arrivant dans un nouveau pays comme le Canada, on peut se sentir libéré, enfin arrivé ! Ou encore, perdu, sans repaire. Surtout si le pays d’où on vient ne partage ni les mœurs, ni la religion, ni les coutumes de notre terre d’accueil. À ce moment-là, l’impression d’être perdu se confirme par tout ce qui constitue les différences : les odeurs, les mœurs, l’habillement, les sons, les horaires, les saveurs, les rythmes, le climat, etc., du pays d’accueil.

 

Notre position et notre rôle dans le tissus socio-culturel ne sont plus les mêmes. Le regard des gens sur nous est différent. Les qualificatifs et attributs qui, dans notre pays étaient perçus comme naturels et souhaitables ou encore remarquables, n’ont désormais plus la même valeur et sont vus et interprétés différemment,  parfois à travers le prisme déformant du jugement.

Ces situations suscitent des pertes de repères importantes, surtout si on est d’âge adulte (pour les plus jeunes, enfants ou adolescents, ce peut-être plus facile). Ces pertes de repères engendrent à leur tour une insécurité et une peur profonde. On a peur d’oublier, de perdre les acquis culturels de notre passé, de notre famille, de notre pays. On peut se sentir en conflit de loyauté envers notre pays et notre propre histoire : « Si je me plais dans cette nouvelle vie et que je change, serais-je perçu en traître par tous ceux que j’ai laissé là-bas derrière moi ? Serai-je encore aimé des miens ?  »

Ce conflit intime, se traduit par l’impression de « trahir » son pays et « les siens ». Pour contrer ce phénomène, on choisit souvent -inconsciemment, de réinvestir notre culture et notre patrimoine en se rapprochant d’autres immigrants de même origine et en s’intéressant à des aspects de notre culture qui ne nous avaient jusque là, jamais vraiment intéressés ; la religion par exemple. Tout ce qui peut nous rapprocher de nos racines prend soudain une valeur inestimable, fascinante. Et c’est par « mal du pays » qu’on développera des intérêts qui ne sont pas nécessairement en lien avec notre nature profonde.

 

Le fait est qu’en profondeur, on se sent coupable. Coupable de vivre dans une société plus permissive, plus facile que celle de ceux qu’on aime et qu’on a laissés derrière-nous. C’est, entre autre chose, pourquoi la religion réapparaît souvent dans le tableau. On tente de contrer notre culpabilité d’avoir le loisir de vivre dans un pays riche, en compensant par l’excès de zèle du bon « pratiquant ». En vérité, en tentant de s’absoudre de notre culpabilité, on s’autopuni.

Tout cela part du fait qu’on est sans repères et qu’on se sent coupable de profiter des douceurs de notre nouveau pays alors que notre peuple, lui, n’y a pas accès.

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