Acculé au pied du mur

September 29, 2015

             

 

               À certains moments cruciaux de nos vies, on traverse des périodes où rien ne va plus. Durant ces saisons difficiles, on se sent acculé au pied du mur, coincé dans un cul-de-sac, sans aucun horizon ou porte de sortie visible. On a l’impression d’avoir tout tenté, que notre situation est « réellement » sans issue et on se lamente intérieurement (parfois extérieurement) de l’état des choses. On a l’impression que le temps s’étire et qu’il faudrait un évènement extérieur pour que les choses changent.

            Que notre impasse soit d’ordre amoureux, professionnel ou financier, ou qu’elle relève d'une incapacité physique, l’impact psychique est le même : on se sent bloqué, étouffé et immobilisé par notre contexte ou par l’époque. On vit de l’impuissance sans parvenir à voir de dénouement possible et on perd espoir. On souffre en résistant à l’état des choses et on devient, malgré nous, victime de nos circonstances.

            Ces moments d’impasse recèlent pourtant leur lot de promesses, sauf qu’on ne les voit pas – ou pas encore du moins ! Quelque chose mûrit en nous, dans les profondeurs de notre inconscient. Le changement demande du temps et une évolution graduelle. La fleur de pommier ne devient pas une pomme en un clin d’œil ! Quelque chose progresse, imperceptiblement pendant longtemps.

Le plus on résiste à cet état et aux émotions douloureuses qu'il suscite,  le plus lentement il évolue. Le défi consiste à reconnaître que tout en nous refuse la situation. Tout, en nous, voudrait que les choses se passent autrement : que le téléphone ait sonné quand on voulait qu’il sonne, que cette personne nous ait écrit le courriel que nous attendions, que notre conjointe nous dise ces mots qu'on a besoin d'entendre, qu’on nous ait appelés pour ce poste tant convoité, qu’on n’ait pas reçu ce diagnostic, etc. Beaucoup des différentes voix qui s’expriment dans notre tête, s’entendent pour dire « non » au réel et à l’état actuel des choses. Le plus on justifie notre refus, le plus on s’ancre dans la résistance et dans le refus de l’état des choses. C’est cette résistance même qui crée la souffrance et l’état dépressif; pas la situation. Cette nuance est importante et pour beaucoup, elle est difficile à voir et à faire.

            Une fois qu’on réalise que le fait de taper du pied, de hurler puis de serrer les dents ne change rien au réel, une fois qu’on accepte notre place du moment et le fait que les choses doivent mûrir et évoluer, on peut, tranquillement commencer à ressentir notre souffrance face à ce qui a ou n’a pas été, face à ce qui déclenche le refus en nous. Tant qu’on rationalise, qu’on explique et qu'on justifie ce qu’on vit, on est débranché de notre propre affecte et de nos émotions douloureuses.

            La vie, dans sa grande intelligence, sait quand nous sommes prêt pour autre chose. On a tous vécu ces situations interminables, qui finissent d’elles-mêmes au moment précis où on commençait à s’y détendre ! Le défi est justement de parvenir à se détendre par l’acceptation de l’état de fait, par l'acceptation du réel. Cette gymnastique intérieure se pratique à chaque instant. On réalise graduellement qu'on peut se détendre dans ce qui nous paraissait, un instant plus tôt, inadmissible. Voilà la pratique qui nous incombe si on souhaite favoriser le mûrissement de nos conjonctures souffrantes.

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