Être endormi et chercher le bonheur

May 4, 2016

 

On a la chance de vivre au Québec, dans une société libre et riche. Wow ! On peut non seulement s’acheter tous les biens de consommation qui nous passent par la tête, on peut, en plus, se distraire de mille et une façons, dire et faire pratiquement tout ce qu’on veut physiquement et/ou virtuellement sur une multitude de plateformes. D’un certain point de vue, on peut se croire libre; mais quand on y regarde de près, on réalise qu’on ne l’est pas du tout. On est tellement prisonnier et dépendant de nos gadgets électroniques que nous n’en avons même pas conscience. Surtout que le problème est déjà généralisé à outrance. La plupart d’entre nous s’étonne d’entendre quelqu’un dire qu’il n’a pas de téléphone cellulaire : « mais comment tu fais ? Comment peut-on te laisser un message ? Et s’il y a une urgence ? » !

 

Nos moyens de communication nous leurrent en nous faisant croire que de les posséder c’est « prendre soin de soi », que c’est s’offrir ce qu’il y a de meilleur !

Mais nous sommes tombés sur la tête ! Le problème est tellement généralisé qu’il est devenu la norme et on a oublié qu’au centre de toutes ces bébelles technologiques il y a des êtres humains. Des humains souvent désensibilisés, certes, mais des humains quand même. Et ces mêmes humains cherchent, curieusement, à être heureux. Je dis curieusement parce que franchement, on s’y prend bien mal.

 

Comment redevenir sensible à soi –et aux autres- alors qu’on est constamment happé vers ce petit boitier qui nous distrait de nos circonstances immédiates ? Voici quelques exemples observables quotidiennement :

 

            Une femme enceinte entre dans le métro. Tous les gens assis ont le regard rivé sur             leur téléphone. Refuge entre tous pour ne pas avoir à être courtois(e)…

 

            Les urgences notent une panoplie de nouveaux accidentés, blessés en marchant, le             regard rivé sur leur téléphone plutôt que devant eux. Bras cassés, chevilles foulées,             entorses en tous genres, etc. C’est fou ce que marcher dans un trou peut faire mal !

 

            En voiture, à vélo, même en scooter, on texte allègrement. Ça fait très peur !

 

Ces exemples font fi de tous ceux qu’on peut voir chez soi : enfants et ados isolés, enfermés dans leur chambre, communiquant plus par leurs ordinateurs qu'en direct. 

 

Il faut comprendre que je n’ai rien contre la technologie. Je l’utilise moi-même énormément. Ce qui me préoccupe, c’est de nous voir passer tellement de temps, mettre autant d’énergie dans des communications et dans des distractions souvent peu nourrissantes alors que sous la surface, nous souffrons d’un mal de vivre profond. L’alcool et les drogues durs, le travail et le shopping sont autant des fuites connues, mais qu’en est-il de ces aspects de notre mode de vie ? Nous sommes engourdis par la folie de notre société de consommation. Nos esprits sont constamment interpelés par une quantité folle d'images, de sons et d'informations qui s'amalgament en nous, pêle-mêle. Et le pire dans tout ça ? Ce fait est connu, accepté et même souhaité par nos dirigeants. Alors où est la porte de sortie ? Quelle est l’issue ? Tout couper et partir vivre sur une ile déserte ? Non, bien sûr !

L’issue se cache là où -c'est garanti, personne n’osera aller. Elle se terre en nous-mêmes. Cette issue qui ouvre sur une paix réelle se cache dans notre souffrance, en deçà de nos inconforts. C’est en passant par le défi de ressentir et de s’éprouver tels que nous sommes, que nous pourrons nous sortir du carcan des dépendances au monde futile qui nous ensorcèle.

 

Ce menu n’est pas exempt de défis, bien au contraire. Il implique un sevrage de ces distractions faciles que sont nos téléphones, le web, Facebook et tout ce dont nous sommes dépendants. Il implique aussi la rencontre d’humeurs et d’émotions que nous préférons généralement éviter; mais surtout le fait de devoir sortir de notre isolement et d’être vu, tel que nous sommes, en relation avec un autre être humain. Cette partie du processus est probablement la plus difficile à vivre et la plus rebutante pour beaucoup. Parce qu’on n’a pas été habitué de parler de soi de façon responsable, sans se plaindre ou se présenter en victime de nos circonstances.

 

Donc pour devenir vraiment libre, il nous faut d’abord devenir sensibles à nous-mêmes. « OK, comment on fait ça ? » On le fait en commençant exactement là où nous sommes, dans l’état dans lequel nous sommes. Fatigués, écoeurés, déprimés, outrés par ce monde; assaillis de doutes, coincés, malade, etc. Déjà en cessant de fuir et de s’engourdir; de se laisser happer par l’extérieur: les autres, les nouvelles, les séries télé, Facebook, Twitter, Instagram, etc., on peut, tout doucement, retrouver la part de nous-mêmes qui s’éprouve elle-même et qui ressent lucidement le plaisir d’être en vie. La nature est une aide précieuse dans ce processus et parfois, sortir de la ville peut être très aidant. On émerge alors de la mécanicité et de l’engourdissement qui nous ont fait oublier que nous sommes bel et bien vivant et privilégié de l’être;  que notre place peut être tout autre que celle que nous avons participé à créer en étant si peu sensible à nous-mêmes. Parce qu’après tout, on ne sait pas combien de temps nous aurons pour vraiment en profiter.

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