Aidants naturels: aider sans couler



Une des plus importantes sources de stress prend racine dans le fait d’être témoin de la souffrance des autres. Ceci est particulièrement vrai quand il s’agit de nos intimes, des personnes les plus proches de nous, celles qui partagent notre quotidien. Ce qui est stressant et même anxiogène, c’est d'éprouvrer notre impuissance à soulager la souffrance de l'autre. On peut alors s’activer de façon disproportionnelle quant à nos compétences et/ou capacités réelles. Face à la souffrance des gens qu’on aime, une réaction psychique s'installe en nous en une fraction de seconde : dès que je perçois la douleur ou la souffrance – physique et/ou psychologique de l'autre, la dimension la plus sensible de nous-même est touchée. Cette sensibilité est le réceptacle de nos propres blessures. Celles qui gisent dans nos inconscients, latentes, attendant d’être éveillées par des « échos de ressemblance » émanant des situations actuelles. Quand nos vieilles blessures endormies, celles dont on se coupe depuis longtemps sont réveillées par le présent, nos mécanismes de défense se mettent en action pour nous en prémunir. Colette Portelance définit ainsi les mécanismes de défense : « le mécanisme de défense est un moyen inconscient utilisé par le psychisme pour se protéger contre la présence des émotions désagréables qui émergent du processus relationnel, réel ou imaginaire. » Ces mécanismes de défense sont multiples. Voici les plus communs: le refoulement, la fuite, l’évitement, la rationalisation, la banalisation, la justification, l’autopunition, la projection, etc. La plupart d’entre nous sommes passés maîtres dans l’art de nous couper de nos propres émotions souffrantes quand celles-ci sont déclenchées et une façon d'échapper aux processus des mécanismes de défense est d’en prendre conscience, de les voir à l’œuvre. Malheureusement cette prise de conscience ne se fait pas en un clin d'oeil. Elle relève d'un processus graduel, mais bel et bien réalisable. L'essentiel consiste à s'y mettre ! À force d’être disponible à l’autre sans tenir compte de soi et de nos propres besoins, on s’aliène et on s’épuise. D’ailleurs les rôles d’aidants : infirmières, psychologues, aidants naturels, etc. -, sont les plus susceptibles de développer des épuisements professionnels. Comment peut-on alors être un aidant sans faire les frais de l’aide qu’on prodigue à nos aidés ? La réponse suppose des changements réguliers et continus, des modifications de nos habitudes personnelles :

  • se mettre à l’écoute de notre propre affecte;


  • accepter ses propres limites et les nommer en relation;


  • s’octroyer des moments précis de récréation;

  • vivre nos émotions et les ventiler, idéalement avec un thérapeute;

  • apprendre à dire non et à respecter sa propre mesure;

  • cesser de se juger et sortir du système relationnel juge-coupable.

Nous avons tous un sauveur en nous-mêmes. Il s'éveille et s'active quand on ressent de l'impuissance face à la souffrance des autres. Le problème est que tant que ce sauveur est actif, c’est qu’une bonne part de notre propre souffrance n’a pas encore été vue ou éprouvée, révélée au grand jour et acceptée pleinement.

C’est pourquoi être un aidant suppose d’être aidé à son tour afin de se prémunir contre l’épuisement et les réflexes psychiques qui nous meuvent à notre insu. Tenter d'écouter nos propres besoins autant qu'on écoute ceux de la personne que nous aidons.


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