Cancer : savoir être malade

March 26, 2019

             Drôle de titre n’est-ce pas ? Sauf que pour guérir – ou à tout le moins aller mieux, il faut apprendre à être malade. Ça semble facile et même évident à qui ne l’est pas, mais pour celui ou celle qui est atteint du cancer ou de toute autre maladie auto-immune, ce n’est pas simple, loin de là !

        La force de nos habitudes à performer est énorme ! Tout notre monde est fondé sur la performance. Même à titre de malade, on s’y retrouve coincé.

 

               Quand on m’a diagnostiqué un cancer de stade IV, ça m’a bien sûr assommé, mais ça n’a pas pour autant mis un frein à ma mécanicité et à mes élans naturellement performants. Et même s’il était évident aux yeux de tous – y compris aux miens - qu’il me fallait ralentir – ce que je croyais honnêtement faire, mon corps et mes émotions, eux ne l’avaient pas compris. Je peux dire qu’il m’a fallu trois chirurgies et près de onze mois de chimio pour qu’enfin mes vieux réflexes s’usent et s’adaptent à ma nouvelle réalité. Même en chimio, alors que l’énergie était à zéro, le mental lui, s’activait et persistait à voir tout ce qu’il y avait à faire...

Depuis ces trois dernières années, au fur et à mesure d’échanges avec des amis(es) patients et patientes en oncologie, j'ai constaté que mon fonctionnement n’avait rien d’original.

                         Le grand défi est d’accueillir une nouvelle dimension de soi qu’on ne connaissait pas auparavant : la partie malade. Et bien honnêtement, on n’a pas envie de l’accueillir. Loin de là ! C’est pourtant cette dimension de nous-mêmes qui doit maintenant diriger les opérations et avoir l’écoute du reste de notre personne.

Ainsi, le professionnel en nous doit accepter de travailler moins, de devenir apparemment moins performant. Le parent, lui, doit accepter de recevoir de l’aide pour accomplir les tâches ménagères habituelles afin de conserver son énergie pour être, dans la mesure du possible, présent aux enfants. L’ami doit se préserver et ne peut pas être aussi disponible qu’avant; etc.

Il appartient à chacun de voir quels sont les différents rôles auxquels il ou elle s’identifie, puis de remettre les guides à la partie malade afin de vraiment se mettre à son écoute. Paradoxalement, c’est cette partie de nous-mêmes qui sait quoi faire pour aller mieux ! Nous savons tous, dans notre for intérieur, ce qui nous est bénéfique ou nuisible. Le problème, c’est que nous n’écoutons pas. Nous n’avons pas envie de nous mettre au service de ce qui va mal en nous-mêmes.  

 

            Un des plus grands défis auquel nous faisons face quand nous sommes malades, est celui de faire le deuil – au moins momentanément, de la personne en santé que nous avons été. Faire le deuil de nos anciennes façons de faire les choses et d’accomplir nos journées. Il s’agit de vivre en accéléré ce que des personnes vieillissantes vivent graduellement au fil des ans : perte d’énergie, perte de force physique, perte d’endurance, etc. Quand on est malade, on perd tout cela d’un coup ! Et ça ne revient pas par magie parce qu’on est encore jeune. Il faut beaucoup de patience, de repos et de douceur. C’est un processus lent et graduel. Le plus nous acceptons ce nouveau rythme, le plus rapidement notre état s’améliore. C’est cela, savoir être malade.

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