Choc culturel et codépendances

August 29, 2019

 

 

            Quand on a grandi dans une société traditionnelle, certaines dépendances sont culturellement considérées comme étant normales.

            Par contre, quand la personne se retrouve dans une société moderne, ses dépendances, autrefois admises, se transforment en voyants lumineux témoignant d’un manque criant d’autonomie. Cette tutelle est entretenue par la personne elle-même, mais aussi par son entourage.

Pour en témoigner, je propose de prendre l’exemple d’une femme pakistanaise au pays depuis plus de vingt ans. Nous l’appellerons Neha.

 

             Dans son pays d’origine, la culture et la société de Neha lui interdisaient de sortir sans être accompagnée d’un homme de sa famille. Enfant, on ne l’a pas autorisé à apprendre à lire, à faire du vélo ou encore à avoir des amis.

Naturellement, dû à ces interdits, son monde s’est refermé sur elle. Très tôt dans sa vie, elle a développé, pour subvenir à ses besoins, des dépendances envers à ses proches.

Devenue adulte, s’il lui manque des ingrédients pour préparer le souper, elle dépend d’un des garçons (ou hommes) de la maison pour qu’il aille faire les courses; faute de quoi, il lui faut réinventer son repas !

            Si elle veut écrire une lettre à sa cousine de Karachi, elle a besoin de l’aide d’un de ses frères pour qu’il l’écrive pour elle – ce qui implique qu’elle ne lui confie probablement pas tout ce qu’elle aurait souhaité lui raconter ou pire encore, qu’elle abandonne complètement son projet de lettre.

            Ainsi, le monde de Neha reste excessivement limité. Elle n’a pas d’ami(e), ne communique pas ou très peu et ne sait pas contacter ses propres émotions.

            Le monde extérieur reste pour elle éminemment menaçant puisqu’elle ne le connaît pas et n’a pas les clés pour le découvrir.

 

Arrivée au Québec

 

            Suite à son installation au Québec, Neha se retrouve excessivement isolée et dépendante des quelques proches qu’elle a suivis. Ces proches étant eux-mêmes habitués de subvenir aux besoins de leur sœur, ne remettent pas en cause ce mode de fonctionnement.

            Neha est donc emprisonnée par ses dépendances au point ou l’autonomie lui semble être quelque chose de dangereux pour elle, un concept qui menace ses rapports familiaux. Son discours intérieur pourrait s’énoncer comme suit : « Si je le fais moi-même, je ne serai plus endettée envers eux. Les autres n’auront peut-être plus besoin de moi; alors ils vont m’oublier. Je risque de les perdre ! »

            Comme son univers se limite à ces quelques relations, il n’est pas question pour elle de sortir seule et de faire face à la réalité qui l’entoure. Si elle s’y ose – ce que plusieurs courageuses femmes issues de sociétés traditionnelles font – le prix à payer n’est pas anodin. S’activent alors en elle les injonctions, interdits et jugements propres à sa culture d’origine. Voici comment les jugements qu’elle projette sur les autres, s’énoncent en elle : « une femme qui sort seule dans la rue est une pute ! » ou encore : « si elle je suis seule, c’est sûrement parce que je suis une bien mauvaise personne ! »

            Si on lui propose d’apprendre, Neha - dont la confiance a été détruite quand elle était très jeune - refusera. Même si on lui offre un ordinateur, il est possible qu’elle ne soit pas contente du cadeau. La raison est fort simple ! Ça lui donnerait une autonomie nouvelle ce qui, pour elle, est associé à la perte des seules relations dans sa vie.

 

Définition des termes

 

La dépendance : J’ai besoin de l’autre car l’autre est responsable de mon bonheur.

La codépendance : J’ai besoin que l’autre ait besoin de moi. Je suis responsable de son bonheur.

 

             Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le trouble de la personnalité dépendante se caractérise par un « besoin général et excessif d'être pris en charge qui conduit à un comportement soumis et "collant" et à une peur de la séparation, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes ». Le DSM classe dès lors plusieurs symptômes :

 

  • Le sujet a du mal à prendre des décisions dans la vie courante sans être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui ;

  • Il a besoin que d'autres assument les responsabilités dans la plupart des domaines importants de sa vie ;

  • Il a du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre son soutien ou son approbation. NB : ne pas tenir compte d'une crainte réaliste de sanctions ;

  • Il a du mal à lancer des projets ou à faire des choses seul (par manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres capacités plutôt que par manque de motivation ou d'énergie) ;

  • Il cherche à outrance à obtenir le soutien et l'appui d'autrui, au point de faire volontairement des choses désagréables ;

  • Il se sent mal à l'aise ou impuissant quand il est seul par crainte exagérée d'être incapable de se débrouiller ;

  • Lorsqu’une relation proche se termine, il cherche de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a besoin ;

  • Il est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d'être laissé à se débrouiller seul.

 

Important : La personne souffrant de trouble de la personnalité dépendante peut être attaché à une personne codépendante.

 

 

           La personnalité dépendante coexiste souvent avec d'autres problèmes de personnalité et de l'humeur difficiles à distinguer. Le degré selon lequel des comportements dépendants sont considérés comme adaptés varie selon l'âge et le groupe socioculturel.

La codépendance est une condition comportementale relationnelle dans laquelle une personne entretien et favorise la dépendance, le mauvais état de santé mentale, l'immaturité, l'irresponsabilité ou la sous-performance d'une autre personne. Son autonomie n’est pas encouragée; au contraire.

Au cœur des mécanismes de codépendance, on observe le recours excessif à l'approbation d'autrui et à la validation de l'identité.

            Les définitions de la codépendance varient, mais celle-ci est généralement comprise comme une condition de comportement similaire à celle du trouble de la personnalité dépendante. Le terme décrit surtout un système relationnel.     

 

Comment aider Neha ?

 

              Neha doit être vue par un médecin psychiatre et /ou par un psychologue afin que soit entrepris le traitement adéquat. Il lui faudra comprendre que ce traitement consiste en un long processus. C’est la poursuite assidue de ce traitement psychothérapeutique qui aidera la personne dans la durée.          

 

Références :

DSM IV

Codependents Anonymous, patterns of recovery: https://www.recovery.org/support-groups/codependents-anonymous/

Intervenir auprès des personnes présentant un trouble de la personnalité, Dr. Évens Villeneuve

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