Émotions et responsabilité


Pour certaines personnes, parler de soi n’est pas évident ! Pourtant, c’est en nommant ce qu’on éprouve en relation, qu’on peut se sentir compris et s’accorder l’importance dont on a besoin. C’est une excellente façon de se sentir exister en lien avec les gens qui partagent notre quotidien – aussi bien au plan personnel que professionnel.

Ce qui est nécessaire, et même indispensable pour parvenir à cet objectif, c’est la responsabilité. Dans son livre la communication authentique, Collette Portelance en parle comme suit : « La responsabilité se manifeste par la volonté d’une personne à exercer le pouvoir sur sa vie, en cherchant en elle-même la source de ses souffrances, en travaillant à se transformer plutôt que de blâmer les autres et d’essayer constamment de les changer. »

On découvre assez vite que s’exprimer de façon responsable n’est pas aussi évident qu’on l’aurait cru. Ça implique de ne pas incriminer l’autre de ce qu’on éprouve, de ne juger ni d’accuser personne. Il faut donc revenir à soi et commencer par prendre conscience de nos propres émotions plutôt que d’y réagir. Ça implique de faire une pause pour s’éprouver soi-même et ressentir ce qui est là, en nous. « Antoine a dit telle chose. Je me suis sentie jugée et ça m’a fait de la peine. » Ça, ce n’est pas défensif. La personne constate l’impact de ce qui s’est passé en elle-même. Elle s’approprie son émotion plutôt que de fulminer contre Antoine. Parce qu’après tout, cette émotion a eu lieu en elle. Quelqu’un d’autre n’aurait pas nécessairement vécu la même émotion suite aux mêmes paroles.

C’est seulement après avoir reconnu, puis s’être approprié ce qu’on éprouve, qu’on peut en parler de façon responsable. Il est certain que si on communique en parlant au tu, on n’a peu de chance d’être reçu avec un cœur ouvert. Quand on est mal à cause de ce que l’autre a dit ou fait et qu’on s’exprime à coup de « Tu aurais dû ! » ou « Tu ne devais pas ! », notre chance d’être compris diminue drastiquement. L’autre devient défensif et se braque ; ce qui est à l’opposé de l’objectif recherché.

Certains se demanderont alors « à quoi bon s’exprimer si ce n’est pas pour remettre l’autre personne à sa place ? »

Au contraire, on communique pour préserver la relation, pour que la personne nous connaisse et devienne plus sensible à nous. Ça fortifie notre confiance dans la qualité et dans la validité du lien qui nous unit. Si l’autre me parle de lui et me fait confiance en partageant ce qu’il éprouve, ça me rend sensible à lui.

Après tout, sur quoi sont fondé les amitiés sinon sur la confiance et la transparence mutuelles ? Mais cette confiance et cette transparence dépendent de la véracité de ce qui est partagé. Sinon, le lien n’est qu’un échafaudage de faux-semblants qui s’écroulera tôt ou tard, emportant avec lui la relation et causant beaucoup de souffrances.

Pour mieux s’y prendre, il est recommandé de s’exprimer au « je », de parler de soi au lieu de parler de l’autre.

Comme l’écrivent Éric et Sophie Edelmann dans leur récent livre Dites-leur de viser haut ! « Il s’agit d’en arriver à cette vision nette et tranchante, sans ambiguïté : ce qui m’arrive (mon état émotionnel) n’est ni la faute de l’extérieur ni ma faute à moi, ce n’est la faute de personne, mais le résultat mathématique d’une chaîne de causes et d’effets qui remontent à la nuit des temps. Notre météo intérieure est une succession de phénomènes dont les causes sont si nombreuses, si complexes et si enchevêtrées qu’il est inutile de chercher à les appréhender mentalement : notre esprit n’en a pas la capacité. »

Nos émotions sont des réactions dans le moment présent, à des déclencheurs qui éveillent des sensations anciennes et innombrables, enfouies dans notre inconscient. Par jeu de ressemblance, un geste, une situation ou une parole, réveille une émotion refoulée, avec toute sa charge. C’est ce qui nous fait parfois observer : « Sa réaction était démesurée par rapport à la situation ! » Oui, parce que la réaction est véritablement liée à une émotion longtemps comprimée. Un peu comme un ressort compressé qui se détendrait subitement. Plus la charge de compression est forte, plus la puissance de l’expression de l’émotion sera grande. L’émotion nous semble alors incontrôlable et démesurée face au déclencheur apparent de celle-ci.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’élucider toutes les émotions enfouies en nous. L’important, est de les reconnaître au fur et à mesure qu’elles surviennent dans nos vies. Moins on se braque face à elles, plus on les reconnaît pour ce qu’elles sont et plus on devient disponible pour les éprouver. Ce geste subtil, ne veut pas dire les exprimer haut et fort. Non. Éprouver, veut dire accueillir et déguster en soi consciemment, dans l’intimité de notre cœur. Ensuite, on est à même de partager notre expérience de façon responsable avec les gens qui participent à nos vies.

Bibliographie

La communication authentique, Colette Portelance, Éditions du CRAM

Dites-leur de viser haut ! Sophie et Éric Edelmann, Éditions Le Relié

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© 2020 par Carolyne Jannard, thérapeute en  relation d'aide

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